Psychologie sociale – CM n°10 et 11
Relations intergroupes – Contexte général
Introduction :
La stratification sociale qui caractérise la plupart des sociétés démontre que le partage inégal du pouvoir, du statut et des ressources est une règle (pas une exception) dans les relations intergroupes. La question qui se pose est de chercher à savoir comment atténuer les conflits (les préjugés, la discrimination) dans les contextes où l’inégalité sociale est incontournable ?
Les questions clés sont de chercher les origines des préjugés et de la discrimination, et comment les atténuer. Comprendre les relations conflictuelles intergroupe a conduit à s’interroger sur leur manifestation et donc les différentes formes de leur expression.
Le cadre général de l’analyse proposée par la psychologie sociale comprend la distinction entre l’endogroupe (in-group, groupe d’appartenance) et l’exogroupe (out-group, groupe de non appartenance). La distinction entre ces deux groupes psychologique est le produit de la catégorisation.
L’analyse proposée par la psychologie sociale inclut également les principales caractéristiques des catégories d’appartenance :
- Leur « visibilité » : être une femme, être âgé VS être fonctionnaire, grand-père.
- Leur caractère en soi interchangeable et plus ou moins « ouvert » : être pauvre / devenir riche ; être de droite / devenir de gauche VS être un homme ; être noir.
- Leur statut social : leur place dans la structure sociale (« dominants / dominés »).
- Les préjugés.
- Les stéréotypes.
- Les discriminations.
Le premier enjeu de cette analyse consiste à comprendre les origines des préjugés, des stéréotypes et des discriminations.
Préjugés :
Ce sont des attitudes négatives envers un groupe ou ses membres. Le caractère injustifiable de ces attitudes négatives réside dans le fait qu’elles imposent des généralisations défavorables envers chacun des individus qui sont les membres d’un groupe (d’un catégorie sociale). Exemples : le sexisme, l’antisémitisme ou le racisme.
Stéréotypes :
Ce sont des connaissances ou des croyances à l’égard d’individus membre de l’endogroupe (auto-stéréotypes) ou de l’exogroupe. Les stéréotypes peuvent être aussi bien positifs que négatifs. Certains distinguent les stéréotypes sociaux et individuels. Exemple : les stéréotypes correspondant aux théories implicites de personnalité que partage l’ensemble des membres d’un groupe à propos d’un autre groupe ou du sien (Leyens, 1983).
Les stéréotypes deviennent problématiques :
- lorsqu’ils sont inexacts et qu’ils résistent aux changements face aux informations les contredisant.
- lorsque leur usage mène à des jugements erronés en raison de généralisation.
Aspects cognitifs des stéréotypes :
Ces aspects découlent directement du processus fondamental de catégorisation sociale. Il s’agit des tendances :
- à minimiser les différences intra-catégorielles et à accentuer les différence inter-catégorielles : homogénéisation d’exogroupe.
- à procéder par des raccourcis cognitifs (cf. effet de rareté dans la mémorisation) conduisant souvent à percevoir une relation qui n’existe pas (groupe minoritaire et comportements rares) : les corrélations illusoires.
Il s’agit également des tendances qui permettent de maintenir des schémas dont les stéréotypes font partie :
- en interprétant l’information en fonction d’un schéma et en se rappelant l’information qui le confirme : l’effet du cas exceptionnel (qualifier d’une exception un cas échappant au stéréotype permet de continuer à croire à celui-ci).
- en agissant en fonction d’un schéma : la prophétie auto-réalisatrice.
Discrimination :
C’est un comportement négatif à l’égard d’un exogroupe envers lequel nous entretenons des préjugés (Dovidio et Gaertner, 1986). Par exemple, le refus de louer un appartement à des membres d’une minorité visible (Hilton, Potvin et Sachdev, 1989) ou le choix des candidats pour un emploi (Henry et Ginzberg, 1985 ; Henry, 1989). La relation entre les préjugés et le comportement discriminatoire n’est cependant pas automatique.
Origines des préjugés et de la discrimination :
- Personnalité autoritaire
- Apprentissage social
- Compétition et coopération intergroupe
- Catégorisation et identité sociale
- Equité, privation relative et action collective
L’originalité de l’analyse psychosociale réside dans le fait qu’elle propose de lier les explications qui se situent au niveau individuel et au niveau collectif.
Personnalité autoritaire :
A la suite de la seconde guerre mondiale, le comité juif américain a commandé une vaste enquête sur l’antisémitisme aux Etats-Unis qui a été confiée à Adorno et son équipe. L’objectif était d’expliquer pourquoi certains individus plus que d’autres acceptaient si volontiers des idées racistes. L’hypothèse générale est que le racisme et l’antisémitisme sont des phénomènes non pas isolés mais liés au type de personnalité inconsciente de l’individu.
Des centaines d’américains appartenant à la classe moyenne blanche ont été interviewés à propos de leurs sentiments à l’égard d’eux-mêmes, leur enfance, etc. et ont également répondu à un questionnaire sur leur autoritarisme, ethnocentrisme et antisémitisme.
D’après les résultats, le concept de la personnalité autoritaire qui comporte « la soumission autoritaire » est caractérisée par :
- L’acceptation « sans condition » d’une autorité morale idéalisée.
- Un profond désir d’être associé au symbole de l’autorité et de faire partie du l’endogroupe idéalisé.
- La tendance à l’agression autoritaire (surveillance des manquements aux valeurs traditionnelles, condamnation et punition des coupables).
- La valorisation du pouvoir et de la fermeté (pensée organisée en fonction des catégories sociales).
- L’ethnocentrisme dans les relations avec les membres d’exogroupes qui se manifeste par
- Les attitudes positives à l’égard de l’endogroupe.
- Les attitudes négatives à l’égard des exogroupes.
- La conviction que les exogroupes sont inférieurs à l’endogroupe.
Ainsi, on a montré que les personnes ethnocentriques sont non seulement antisémites mais ont aussi des attitudes négatives à l’égard des autres exogroupes minoritaires.
Les résultats de cette enquête ont aussi permis de montrer que les conditions favorables au développement de la personnalité autoritaire résident dans le milieu familial strict et compétitif, où la discipline est très sévère et menaçante et où les parents s’attendent à une forte réussite sociale de leurs enfants. Dans ce type de milieu, les enfants répriment les sentiments négatifs et les frustrations à l’égard des parents trop exigeants et rigides. Cette hostilité réprimée lors de l’enfance est ensuite « projetée » sur des minorités ou d’autres exogroupes jugés « indésirables » dans un contexte social donné.